La cité des smart cities

30 juin 2015

Comment s’intègre la smart city dans le paysage administratif français ?

Publié par lacitdessmartcities dans Entretiens

Jean-Bernard Auby, professeur de droit public et directeur de la Chaire « Mutations de l’Action Publique et du Droit Public » (MADP) de Sciences Po, répond à nos questions et nous éclaire sur les impacts du développement des smart cities dans l’administration française.

  • Est-il possible d’avancer une définition de la smart city ?La smart city est-elle une conception homogène ? Ou n’y a-t-il pas autant de smart cities qu’il y a de villes ?

Il y a sans doute autant de « smart cities » que de villes suivant le chemin correspondant, car tout montre que les développements qui s’y attachent comportent la promesse d’une plus grande adaptation de la Ville aux besoins qui sont les siens. J’y reviendrai. Mais cela n’empêche pas, à mon sens, de dire de manière générale en quoi consiste le mouvement vers la « ville intelligente ».

Pour définir un peu simplement ce que l’on regroupe actuellement sous l’appellation, il faut, je crois, réunir trois séries d’éléments.
Les développements « smart city » concernent tout d’abord l’infrastructure de la Ville, son soubassement matériel. Des évolutions techniques massives font qu’il est aujourd’hui possible de rendre la Ville plus efficace dans de multiples aspects de son fonctionnement (mobilité, consommation d’énergie, traitement des déchets, etc…). La portée de ces développements est accrue par le fait qu’ils s’appuient sur une croissante interconnexion des éléments de l’infrastructure urbaine et notamment des réseaux. Ce fonctionnement nouveau, interconnecté, des équipements urbains est rendu possible par les nouvelles techniques de l’information et de communication, qui dotent les villes, en quelque sorte, d’une infrastructure numérique et de communication, laquelle surplombe les infrastructures matérielles classiques.

Le deuxième étage du phénomène est constitué par le fait que, dans la smart city, il se produit constamment une quantité formidable de données, lesquelles servent à produire des services urbains. Nos villes sont de plus en plus hérissées de capteurs (des dispositifs de vidéoprotection à ceux que recèlent les compteurs intelligents en passant par les récepteurs qui permettent de contrôler la pollution atmosphérique). Et elles sont de plus en plus truffées de machines qui transmettent les données ainsi recueillies. On notera que tout cela ne se situe pas entièrement, loin de là, entre les mains publiques : nos téléphones portables captent des données –ne serait-ce que nos communications-, qui circulent sur des réseaux privés. Qu’elles soient publiques ou privées, les données urbaines sont souvent réutilisées pour produire des services : les données en temps réel des services de transport permettent de créer des services de mobilité.

Le troisième étage du mouvement smart city touche à la gouvernance.

          • Les smart cities semblent s’inscrire dans un mouvement plus global de transparence, de participation et de collaboration entre les pouvoirs publics, les acteurs économiques et la société civile. La conception française du service public va-t-elle évoluer sous ces influences ?

Les transformations que le mouvement smart city est en train de produire en matière de gouvernance dans les villes qu’il affecte sont de deux ordres. Il est clair, d’une part, que le fonctionnement nouveau de l’infrastructure urbaine qu’il induit inclut le fait que de nombreux acteurs privés produisent de plus en plus de services d’intérêt collectif qui auraient peut-être naguère été produits par les acteurs publics : soit parce qu’ils détiennent une part de l’infrastructure nouvelle – cas des opérateurs de télécommunications, par exemple-, soit parce qu’ils réutilisent les données publiques mises de plus en plus à la disposition de tous dans des schémas d’ open data.

D’autre part, ces mêmes schémas d’ open data, c’est-à-dire d’ouverture massive des données publiques, ont pour effet, en somme, de rééquilibrer les rapports entre les autorités publiques et la société locale en termes d’information. Et l’information, on le sait bien, c’est un ingrédient essentiel du pouvoir.

Tout cela est-il susceptible d’exercer un effet sur la conception française du service public ? Je répondrai ceci. Il faut bien comprendre que la distribution des rôles entre acteurs publics et acteurs privés dans la production du bien public est en profonde mutation dans nos sociétés. Le phénomène excède le cadre de la smart city. Il tient entre autres tout simplement au fait que de grands acteurs privés ont aujourd’hui des moyens largement équivalents à ceux d’acteurs publics plutôt impécunieux pour produire des services d’intérêt général –d’assistance, d’orientation, etc…-.

Notre concept de service public est beaucoup trop simple – une activité est service public ou bien purement privée- pour encadrer ce qui est en train d’advenir à cet égard.

Les entreprises qui assurent ou assureront certains services des smart cities ne vont-elles pas remplacer certains pans d’activités administratives aujourd’hui assurées par l’État ou les collectivités territoriales ? Et dans ce cas, le service public administratif pourrait-il être assuré massivement par des salariés de droit privé ?

Il est clair que, dans le fonctionnement « smart city », des acteurs privés sont conduits à développer des services qui ressemblent à s’y méprendre à ceux que créent traditionnellement les collectivités. Voici un cas intéressant, qui est un peu connu. Dans une ville française pionnière, une association oeuvrant en faveur des handicapés a puisé sur l’ open data de la commune des données qui lui ont permis de créer une application aidant les handicapés à se déplacer dans la ville. Voilà quelque chose que l’on aurait bien vu dans le service public naguère, non ? Pour autant, il ne s’agit pas, jusqu’à preuve du contraire, de service public, ni administratif, ni industriel ou commercial.

Le statut des agents publics devra-t-il s’adapter ? Le cadre contractuel, voire la collaboration occasionnelle au service public, n’ont-ils pas plus de place à prendre ?

Poser ce genre de questions, c’est un peu tirer des plans sur la comète. Qui peut dire de façon un tant soit peu précise comment s’organisera précisément la répartition des rôles dans la smart city de demain ? On ne sait pas réellement quel sera le rôle exact des collectivités publiques dans leur fonctionnement : comment diable peut-on raisonner sur le statut souhaitable de leurs agents?
On aurait intérêt, en tous les cas, à ne pas s’abandonner trop vite à l’idée selon laquelle les « villes intelligentes » seront inexorablement des villes de type « néo-libéral », dans lequel le marché, les acteurs privés, domineront. Potentiellement, les développements « smart city » recèlent aussi l’hypothèse d’un renforcement du pouvoir des collectivités.

• L’émergence des smart cities a-t-elle plus de chances de se produire avec l’aide de l’État ou sous l’impulsion de collectivités territoriales ?

Cela est difficile à dire. À l’étranger, aux États-Unis par exemple, les développements « smart city » se font largement en dehors de l’État, mais on peut difficilement imaginer qu’il en aille de même dans notre système, qui est si imprégné d’étatisme.

Il faut en outre se dire que ces développements mettront parfois en jeu des dispositifs, et par exemple des réseaux, qui s’étendent au-delà de la frontière des villes. Par exemple, même si la production énergétique devient de plus en plus locale –avec l’utilisation des ressources locales de géothermie, cogénération, etc…-, il y aura toujours besoin d’utiliser le réseau électrique général, dont la régulation se fait évidemment à un niveau qui excède celui des villes, et repose encore sur des acteurs proches de l’État.

L’État français se préoccupe aussi actuellement d’encourager, de rendre possible les développements « smart city », de développer même un savoir-faire national exportable en la matière. Ce sera, je crois, l’une des missions de l’Institut de la Ville Durable, qui se met en place en ce moment.

• Dans leur gouvernance, quelle est la place de l’État ?

Il est bien difficile de répondre également. On peut cependant avoir le sentiment que, par essence, le mouvement « smart city » est essentiellement plural, décentralisé. Il repose sur une adaptation plus fine du fonctionnement urbain aux besoins et contraintes locales, sur une plus grande mobilisation des ressources locales, etc…Il y aura un besoin de régulation du système local d’infrastructures et de données et cette régulation sera nécessairement principalement locale.

Y aura-t-il un rôle local à assumer par l’État ? On peut en douter.

• L’avenir des smart cities se cantonne-t-il à des territoires urbains ? L’open data, l’open government ou les infrastructures ne peuvent-elles pas aussi se déployer dans les territoires ruraux, dans toute leur diversité ?

Ne jouons pas sur les mots. Il est clair que les territoires non urbains doivent également bénéficier des évolutions dans le sens de l’ « open data » et de l’ « open government » : mais le cirque de Gavarnie ne deviendra pas segment d’une « smart city », du moins on doit l’espérer. La question est de savoir qui se chargera de développer dans les territoires non urbains les services que permettent les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les métropoles pourront sans doute s’en charger sur les franges, pour leurs territoires périphériques. Mais au-delà, sur qui faudra-t-il compter ? L’État ? Les départements ?

• Quelle est la place de la recherche universitaire à cet égard ?

Je ne suis pas capable de dire ce qu’il en est dans les domaines techniques. Dans le domaine des sciences sociales, la réflexion sur le phénomène « smart city » est en voie de démarrage : des analyses de type sociologique sont notamment développées. Si l’on me permet de mettre en avant nos propres activités, la Chaire « Mutations de l’Action Publique dt du Droit Public » de Sciences Po a engagé avec l’éditeur Berger-Levrault un programme de réflexion ouvert sur le sujet (« La Cité des smart cities » : www.lacitedessmartcities.com/), qui tend à explorer spécialement les aspects juridiques, institutionnels et plus largement de gouvernance du phénomène.

• De grandes villes, comme Paris ou Lyon, pour ne citer que des exemples français, prennent en partie à leur charge des incubateurs pour porter les futures entreprises de la smart city: les établissements de recherche font-ils de même, à une moindre échelle ?

Ailleurs qu’en France , de nombreux grands établissements de recherche possèdent des incubateurs abritant des startups qui se consacrent à la recherche- développement sur les « smart grids » ou sur les technologies vertes, qui sont tout autant de contributions aux évolutions « smart city ». Un examen rapide de leurs sites montre qu’il en va ainsi dans divers exemples prestigieux comme celui du réseau AIST (National Institute of Advanced, Industrial Science and Technology) au Japon, celui du California Institute of Technologie (Caltech) aux Etats-Unis, ou celui du réseau Fraunhofer en Allemagne, pour ne citer que ceux-là.

Ces pratiques paraissent pour le moment encore moins développées en France, mais elles ne sont pas absentes, par exemple dans le sein du Commissariat à l’Energie Atomique (CEA).

Propos recueillis par Pablo Hurlin-Sanchez, pour Les cahiers de la fonction publique.

15 juin 2015

La Cité de l’objet connecté, L’ambitieux projet angevin

Publié par lacitdessmartcities dans Non classé

Vendredi  12 juin 2015, la ville d’Angers a inauguré sa Cité de l’objet connecté. Ce lieu unique en son genre, issu du plan de ré industrialisation de la France lancé en 2013, incarne parfaitement  les ambitions de la French Tech.

Pour comprendre l’importance de l’établissement d’un tel projet, rappelons ce qu’est la French Tech.  En trois mots : l’écosystème des start-up françaises. Son but,  valoriser et promouvoir ces dernières à l’étranger. Soutenu par l’État, ce label créé fin 2013 devrait optimiser la valeur économique et l’emploi. En d’autres termes, en encourageant les innovations faites sur le territoire français, la French Tech favorisera la croissance des jeunes entreprises locales.

Quel sera alors le rôle d’Angers, et plus particulièrement de sa Cité de l’objet connecté ?

16 000 m2 à disposition  (dont seulement 3 000 seront  utilisés au début), 3 pôles : espace de co-working , espace de bureaux, espace dédié à l’innovation industrielle , 17 actionnaires portés par Paul Raguin , patron du groupe électronique Eolane , et Eric Careel , PDG de Withings , des ingénieurs, des experts, des chefs de projet qui seront là pour répondre au mieux aux besoins des start-up…  S’ajoutent à cela  le soutien financier de l’État (1.5 millions d’euros), de la région (1.5 millions d’euros) et de la ville d’Angers qui loue les bâtiments. Tous ces moyens sont à disposition de la COC afin qu’elle réponde aux mieux aux enjeux qu’elle s’est fixée : « […] faire en sorte que l’on soit capable de produire plus près de chez nous », plutôt qu’en Chine ou ailleurs, ainsi que le déclarait Eric Carreel.

300 euros de loyer par mois, c’est avec ce prix que « l’accélérateur industriel » angevin vise à attirer à lui tous les porteurs de projets d’“objets intelligents » souhaitant mener à bien le prototypage de leurs produits. Avant d’accéder éventuellement à son industrialisation sur place pour des premières ou moyennes séries.

Les espérances de la COC sont, d’après les professionnels des objets connectés, de « permettre à la ville de développer des objets connectés, de nouveaux projets qui  lui donneront l’opportunité de créer des entreprises et de devenir une smart-city. L’objectif, c’est que les entreprises angevines puissent profiter de cet effet. 170 projets d’ici 2019 sont prévus, même si cela reste […] une estimation. »

Si le succès de cet ambitieux projet est au rendez-vous, 400 à 500 emplois devraient  apparaître sur la région d’ici 5 ans. Toutefois l’enjeu international est bien présent. Les objets connectés, développés au sein de la COC, attireront en effet les investisseurs étrangers tout en revalorisant les entreprises françaises.

Pour aller plus loin :

 

Jules Guyomar

11 juin 2015

« Brussels Smart City », Comment Bruxelles est-elle en passe de devenir une Ville Intelligente ?

Publié par lacitdessmartcities dans Non classé

D’après le site consacré à la smart city Bruxelloise : « Une ville intelligente et durable est une ville novatrice qui utilise les technologies de l’information et de la communication et d’autres moyens pour améliorer la qualité de vie, l’efficacité de la gestion urbaine et des services urbains ainsi que la compétitivité tout en respectant les besoins des générations actuelles et futures dans les domaines économique, social et de l’environnement. »

En 2014, l’arrivée au gouvernement régional de Bianca Debaets a marqué un tournant pour la Ville de Bruxelles. Secrétaire d’Etat à la Région de Bruxelles-Capitale et chargée de la Coopération au Développement, elle a en effet entrepris de transformer sa ville en véritable smart city.

Pour y parvenir, elle affirmait lors d’une interview de décembre 2014 « [qu’]il faut jouer sur le marketing et une communication positive pour attirer les start-up. Il faut créer un écosystème propice au développement numérique. Nous allons également développer le site web smart.brussels pour qu’il centralise toutes les initiatives existantes et celles que l’on va développer. »

En étudiant le contenu du site de la smart city Bruxelloise, qui depuis sa création ne cesse de s’enrichir, les initiatives pour transformer la ville apparaissent  de façon claire et systématique. Quels sont donc les projets entrepris afin de faire de la capitale belge une ville intelligente ?

Dans un premier temps, les initiatives menées peuvent être classées dans différentes catégories : l’éducation ; la gouvernance ; la communication ; l’énergie ; la mobilité ; la sécurité. Autant de domaines d’intervention de la smart city.

Les projets concernant chacun de ces domaines d’intervention sont exposés sur le site, et, comme pour renforcer encore plus le côté démocratie participative (notion clé d’une ville intelligente), les visiteurs du site peuvent laisser leurs suggestions, émettre des idées qui seront peut être prises en compte dans la mutation de la ville.

Quelques exemples de projets :

- Bru-WIFI : « la ville de Bruxelles a déployé le wifi gratuit dans les bibliothèques publiques, les écoles et dans quelques places de la ville – en premier lieu la Grand-Place – avant de l’offrir dans les locaux de l’administration communale. »

Cette disposition facilitera ainsi la connectivité des citoyens, et permettra entre autres une collecte de données instantanée. De plus, à chaque connexion l’agenda de la ville apparaît sur l’appareil connecté. Cela permettra une meilleure communication entre la ville et ses citoyens, et une information des activités disponibles en temps réel.

- Fix My Street : « via une application en ligne ou pour smartphone, [ce projet permettra] de signaler, éventuellement en joignant une photo, des incidents constatés sur les routes tels que revêtement avec affaissement ou dégradé, trou, signalisation avec marquage effacé, feu ou éclairage public défectueux, panneau abimé ou illisible. »

La mise en place d’un tel système améliora considérablement la vie des citoyens en accélérant la résolution de problèmes parfois difficilement identifiables. La sécurité de la ville, et la communication entre les acteurs publiques et les citoyens seront par conséquent améliorés.

- La carte MoBIB lancée par la STIB : cette carte mise en circulation par l’équivalent Belge de la RATP est, d’après son site dédié «la carte de transport qui combine rapidité, facilité et flexibilité. Grâce à sa technologie sans contact, cette carte à puce permet une utilisation aisée et combinée des transports publics et de différents services liés à la mobilité. »

La mobilité de la ville s’en trouve donc nettement améliorée. Un pas de plus vers le statut de smart city totale.

- Fiber to the School : « les écoles de la ville de Bruxelles ont été connectées progressivement à l’Internet mais le mouvement s’est accéléré, tout comme les vitesses de connexion. Aujourd’hui, les écoles secondaires passent à la fibre optique avec une connexion de 100 Mbps. En avril 2015, 7 écoles secondaires bénéficient de ce projet. En 2019, elles seront 19. »

Cette évolution de l’approche éducative Bruxelloise s’inscrit parfaitement dans une démarche de ville intelligente, en permettant de nouvelles méthodes de travail plus adaptées à notre époque, et en rendant accessible aux élèves un réseau de qualité à la vitesse impressionnante.

La capitale belge prend donc des initiatives qui touchent à tous les domaines et ne cessent de se perfectionner. La polyvalence de ses projets, et leur connectivité accrue, la place donc bien dans une démarche de smart city.

 

Jules Guyomar

11 juin 2015

Mathieu Saujot et Timothée Erard reviennent sur « Les innovations de la ville intelligente au secours de la ville durable »

Publié par lacitdessmartcities dans Non classé

Mathieu Saujot est ingénieur et docteur en économie, chercheur au sein du programme Fabrique urbaine et animateur du Club Ville de l’Iddri.

Timothée Erard, ingénieur en environnement, travaille au sein du programme Fabrique Urbaine sur des problématiques ayant trait à la durabilité de la ville. Ses recherches se concentrent sur les liens entre technologie et politique urbaine en interrogeant les enjeux de données posés par la smart city. Il a rejoint Iddri en 2014.

Ils ont acceptés de répondre à nos questions à propos de leur Working Paper* traitant des innovations de la ville intelligente.

 

De quelles manières  les notions de smart cities et de villes durables sont-elles liées ?

La smart city est une réduction de la ville durable, cette notion met en avant un moyen, les technologies numériques, pour viser à la durabilité urbaine. On peut aussi penser qu’elle vise à opérationnaliser le concept de ville durable (notamment via son aspect business très prononcé) mais aussi à surmonter ses tensions, en portant un projet davantage win-win.

 

 Quels sont les différents types de données de la smart city? Quelle est la différence entre la baseline et les pic réguliers ?

Tout d’abord, de quoi parle-t-on ? Nous optons pour notre part pour une définition large et inclusive des « données urbaines » : elles sont pour nous des données situées sur un territoire et présentant un intérêt dans la gestion de la ville. Ces données sont le socle sur lequel s’établit la « smart city ». En effet, ce sont bien les gains extraordinaires réalisés en matière de traitement des données sur les dernières années qui permettent aujourd’hui, potentiellement, d’optimiser les fonctions urbaines existantes, d’inventer de nouveaux services et de mieux planifier les politiques urbaines par exemple.

Il s’agit de ne pas « naturaliser » ces données, en évitant notamment les métaphores trompeuses : les données ne sont pas du pétrole qu’il suffirait de « libérer » ! Au contraire, chaque donnée est construite et ses caractéristiques (format, fiabilité, fréquence d’échantillonage…) vont fortement dépendre du mode de production et de remontée de l’information. Nous distinguons ainsi plusieurs types de données selon leur mode de production : ces données peuvent être issues de capteurs dans l’espace urbain (détecteur de présence, état et contrôle des feux de circulation) ou être directement générées par les citoyens/utilisateurs (ce que nous appelons crowdsourcing). Il s’agit pour ces dernières données de distinguer les données produites de manière active (via des applications de remontées citoyennes, type fixmystreet) ou passive (enregistrement de la géolocalisation ou du parcours de navigation web…). Ce crowdsourcing incorpore également les données générées et partagées sur des plates-formes numériques dont l’objectif est de mettre en relation l’offre et la demande (à l’instar de blablacar ou d’über…).  N’oublions pas enfin que la majorité des données sont des données « traditonnelles » : enquêtes statistiques, données patrimoniales et données d’exploitation des services urbains.

La deuxième question primordiale est d’interroger la finalité de ces données.  Des données, pour quoi faire ? Nous adoptons une typologie en 4 grandes finalités : optimiser les fonctions urbaines / piloter la ville de manière intersectionnelle / diagnostiquer et planifier / renforcer la participation citoyenne.

Quant on parle d’optimisation des fonctions urbaines (eau et assainissement, mobilité, énergie, etc..), il s’agit de préciser (ce qui est peu fait dans la plupart des discours et études sur le sujet) ce qu’on optimise : a-t-on pour objectif une diminution globale de la pollution (par exemple sur une moyenne annuelle) ou une diminution des pics de pollution ? Vise-t-on une diminution du nombre global de véhicules individuels ou a-t-on réduit spécifiquement les bouchons le matin et le soir ?  C’est à ce titre, en reprenant une typologie usuellement utilisée pour l’électricité, qu’on distingue ce qui est de l’ordre de la baseline (fonctionnement régulier et continu), du pic régulier (que l’on sait prévoir) et de la crise par définition imprévisible.

L’intérêt de cette typologie est à la fois de pouvoir analyser de manière fine les promesses de la smart city en précisant son objet d’optimisation (les exemples pris habituellement se concentrent par exemple le plus souvent sur des épisodes de crise) et d’en tirer des conséquences opérationnelles : le dimensionnement des réseaux va en effet par exemple dépendre de la faculté ou non à gérer les épisodes de pic.

 

Quels sont les différents  acteurs qui disposent de ces données ? Ont-ils tous le même accès à ces données ?

Nous sommes aujourd’hui dans une phase d’éclaircissement sur les aspects juridiques et de gouvernance en matière d’accès aux données. Ainsi, il n’existe pas une architecture de mise à disposition des données que l’on retrouverait sur l’ensemble des territoires. Les échanges de données se font encore au cas par cas même si certaines tendances existent :

(i) Tout d’abord, la propriété des données a été jusqu’à présent essentiellement pensée à travers sa production : qui produit la donnée ? Dans quel cadre ?

Ainsi, il semble de plus en plus clair que les délégants sont légitimes pour avoir accès aux données générées dans le cadre de délégations de service public, par exemple les horaires en temps réel pour une délégation transports publics. Mais aujourd’hui, cette légitimité ne se traduit pas automatiquement par un accès aux données. Celui-ci dépend en effet du contrat passé entre la collectivité et le délégataire et de la présence ou non d’une clause spécifiant cette question.

En ce qui concerne les opérateurs privés, c’est aujourd’hui du gré à gré au niveau de l’accès aux données produites par ces opérateurs qui ont toute latitude pour ne pas partager leurs données.

Une question sensible est celle des informations commercialement sensibles (ICS) qui impose des obligations de confidentialité aux gestionnaires de réseaux publics de transport ou de distribution d’électricité par exemple.

L’autre débat sur la propriété et l’accès aux données concerne bien évidemment les données personnelles telles que définies par la CNIL et la loi de 1978. La gestion de ces données est en effet soumise à des obligations réglementaires particulières. Par exemple, l’utilisation (et donc notamment le partage avec d’autres acteurs) de ces données requiert soit le consentement explicite de la personne concernée soit leur anonymisation. Nous retrouvons ici un débat plus général sur les questions juridiques mais surtout sociétales et politiques que l’utilisation du numérique pose aujourd’hui : les données personnelles doivent-elles être gérées personnellement (voire monétarisées) ou collectivement avec une régulation d’ensemble ?

Au sujet des données produites directement par des citoyens (par exemple, des données de géolocalisation), des réflexions existent sur la possibilité de redonner la main à ces derniers, par exemple en leur donnant la possibilité explicite de les transmettre à la collectivité sans passer par l’opérateur privé. L’architecture précise (confidentialité, etc..) est encore à construire.

(ii) Une autre manière d’aborder ces questions de propriété et d’accès aux données est de renverser la perspective et de définir la propriété non par la production mais par l’usage. C’est explicitement la démarche retenue par les premières pistes du projet de loi sur le numérique (examiné cette année) en inventant le concept de « données d’intérêt général ».  Pour les données urbaines, cela permettrait par exemple l’introduction d’une sorte de droit de préemption de la collectivité sur certaines données au nom de la cohérence des politiques publique… Mais ce qui relève aujourd’hui de « l’intérêt général » est difficile à définir et cette perspective pose également un autre enjeu : quel contrôle sur cette puissance publique ?

(iii) Enfin, certains acteurs réfléchissent aujourd’hui à des structures de gouvernance pour les données. Nous relevons sur ces sujets une démarche bottom-up, c’est-à-dire que des collectivités se saisissent de ces enjeux et avancent sur l’ensemble des questions posées (quel accès ? Quelle répartition de la valeur ? Quel contrôle sur l’utilisation des données ?), et ce notamment à travers la mise en place de portails open data. Les concepts très intéressants de « service public de la donnée » et de « régie des données » sont eux issus de démarches plus institutionnelles, qui ne correspondent pas à des réalités manifestes sur les territoires.

 

Y-a-t-il une évolution dans la collecte de données ? Une progression ? Un changement de méthode ?

Il est clair que les  collectivités (et/ou autres acteurs) ont accès à un nombre de plus en plus important de données : caméras de surveillance, capteurs de pollution, capteurs de trafic routier….  Au niveau de leur utilisation effective, le mouvement est également ascendant mais mettons en relief un point souvent omis sur les discours « smart » : beaucoup de politiques publiques « traditionnelles » sont aujourd’hui très en retard sur l’utilisation des données : information non numérisée, pas d’échange entre acteurs, connaissance très faible sur les aspects juridiques et techniques… Un exemple : chaque conseil départemental accorde aujourd’hui des aides (fonds de solidarité logement) aux ménages en situation d’impayés de gaz ou d’électricité. Le volume, la répartition et le montant de ces aides seraient un indicateur pertinent de l’évolution de la précarité énergétique en France. Or, aujourd’hui, la remontée de ces informations vers le ministère du développement durable est très compliquée : les systèmes d’information ne sont pas au niveau, les procédures très peu développées…  Ainsi, pour aller à contre-courant de l’engouement actuel sur les données, il s’agit de rappeler qu’elles posent des questions d’organisation, de droit, de gouvernance qui ne seront pas résolus miraculeusement par le numérique.

Autre point intéressant : la même information peut être collectée de différentes manières. Ainsi, la connaissance des déplacements sur un territoire est traditionnellement du ressort des EMD (enquêtes ménages déplacements). Mais ces enquêtes sont chères, peu précises et ne sont réalisées que tous les dix ou vingt ans (majoritairement pour des raisons de coût). Devant ce constat, plusieurs projets (comme Mobi-lise piloté par le cabinet Chronos et financé par l’ADEME) ont vu le jour afin de chercher à connaitre la mobilité sur un territoire via de nouvelles données : les données de géolocalisation d’un panel représentatif d’habitants.

Enfin, la question de la collecte des données pose la question du réseau et de la technologie utilisés pour remonter ces données. On peut distinguer une approche en silo (chaque fonction urbaine dispose de son propre dispositif de remontées de données) et une approche plus intégrée reposant sur une mutualisation de ce réseau de collecte.

 

Des risques peuvent-ils apparaître avec une plus grande numérisation des villes ? Si oui , quels sont-ils ?

Le risque principal repéré dans la littérature et les discours concerne bien évidement le danger d’un « Big Brother » 2.0, possédant tout un ensemble de données sur les citoyens. Ce danger fait plus largement partie de l’imaginaire dystopique d’une ville connectée : « solutionnisme » technologique qui ferait passer tous les problèmes pour des problèmes techniques ; aucune place laissée à l’incertitude et au hasard ; gouvernement d’experts via la maîtrise de processus techniques complexes…  De plus, quelle liberté de participation à ce processus d’hyper-connexion ? De plus en plus de services sont dématérialisées et leur accès peut demander une contre-partie en matière de données (l’accès aux contacts ou à la géolocalisation de votre téléphone par exemple).  Dans la mesure où l’accès à ce service ne peut passer par un autre processus, peut-on encore parler de consentement à livrer ses données dans des cas comme celui-ci ?

La question de la numérisation de la ville pose également l’enjeu de sa résilience : comment gérer une telle ville en cas de coupure d’électricité ? Comment sécuriser les transferts et stockages de données ?

Enfin, le danger de fracture numérique est réel en matière d’équipement technologique et de formation aux usages du numérique : aujourd’hui, les inégalités restent  manifestes selon les âges et les couches sociales.

 

Quels rôles ont les citoyens dans une ville connectée  ? La gestion de la ville s’en trouve t-elle modifiée ?

Tout dépend de quelle « ville connectée » on parle ! Il est clair que le discours sur la smart city, porté par de grands industriels, a pendant longtemps comporté un impensé : le citoyen (http://www.alterecoplus.fr/environnement/les-smart-cities-au-secours-de-la-ville-durable-201501191612-00000632.html). S’est alors développé un contre-discours mettant en relief la place centrale du citoyen sans qui « l’intelligence » de la ville n’est rien.

A y regarder de plus près, il est intéressant de voir que beaucoup de gains promis par le numérique reposent sur les citoyens : tout d’abord, beaucoup de données sont produites par ceux-ci, de manière plus ou moins active. Surtout, certaines optimisations reposent sur le fait que le citoyen/habitant agisse « correctement » devant une incitation. Par exemple, si une application de trafic urbain indique un embouteillage, il s’agit que les utilisateurs se détournent de cette voie ou changent de moyen de locomotion. De même, les compteurs communicants ouvrent le champ des possibles en matière d’effacement dans le domaine énergétique mais, la encore, il s’agit que l’habitant réponde « comme il faut » aux incitations données pour gérer sa consommation de telle ou telle façon. Or, ce « bon » comportement n’a rien d’automatique.

Enfin, on ne peut passer sous silence les potentialités permises par le numérique en matière de transparence et de participation des citoyens à la gestion de la ville : coproduction de projet, remontées citoyennes (sur l’état de la ville, etc..), démocratie participative… Sur le volet transparence, de plus en plus de collectivités s’inscrivent dans une démarche d’open data dont l’un des buts explicite est de renforcer la transparence de l’action publique. Mais des enjeux existent : quelle traduction de la donnée pour que celle-ci soit appropriée et utilisée par les citoyens ? Comment faire en telle sorte que les données « libérées »‘ ne soient pas uniquement de l’ordre de l’anecdotique mais concernent aussi les sujets les plus conflictuels ?

En matière de gestion de la ville, on peut aujourd’hui uniquement parler de tendances dans la mesure où aucun exemple, à notre connaissance, de changement radical de la gestion de la ville n’existe. Deux tendances opposées existent aujourd’hui : le numérique comme renforcement de l’expertise versus le numérique comme renforcement des processus participatifs. Cette opposition laisse à voir deux visions antagoniques de la ville entre une ville optimisée d’un côté et une ville comme cité politique de l’autre.

 

 Que pouvons nous attendre de ces nouvelles données ? Comment peuvent elles être utilisées ? Quels sont les différents domaines concernés ? (mobilité, énergie…)

cf  réponses précédentes sur la distinction entre quatre grandes finalités du point de vue de la contribution de ces nouvelles données au développement durable :

(i) optimisation des fonctions urbaines existances

(ii) pilotage intersectionnel de la ville

(iii) connaissance et planification

(iv) transparence et démocratie participative

Tous les domaines sont aujourd’hui concernés, avec des degrés de maturité différents : gestion des déchets (détecteur de remplissage des bennes), gestion de l’eau (compteur communiquant, détection des fuites…), gestion de l’énergie (smart grids, etc..), mobilité (système d’information multimodal, gestion des feux de circulation, plate-forme de covoiturage dynamique…). En dehors de ces domaines « traditionnels », le numérique peut également permettre d’optimiser les processus organisationnels, de renforcer la participation et le contrôle des citoyens sur les politiques menées.

 

* Saujot, M., Erard, T. (2015).  Les innovations de la ville intelligente au secours de la ville durable ? Décryptage à partir des enjeux de données, Working Paper n°02/15, Idrri, Paris, France, 22p.

 

Propos recueillis par Jules Guyomar.

3 juin 2015

Toutes les villes partent-elles du même point pour devenir intelligentes ? L’exemple de Singapour.

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

Par définition, une ville se voulant intelligente cherche à concilier les piliers sociaux, culturels et environnementaux à travers une approche systémique qui allie gouvernance participative et gestion éclairée des ressources naturelles afin de faire face aux besoins des institutions, des entreprises et des citoyens. Une ville intelligente n’est pas « figée ». En effet, elle doit s’adapter à la demande, mais aussi aux changements climatiques et mutations journalières de ses flux urbains. Les smart cities se doivent d’être flexibles et dynamiques.

Actuellement, toutes les grandes villes sont en passe de devenir intelligentes, et chacune a une vision et une politique particulière pour y parvenir. Cependant, elles ne sont pas toutes égales face à cette évolution. Le budget à disposition et le statut de la ville sont des facteurs qui jouent, dans cette transformation de la vie urbaine, un rôle primordial.

On peut distinguer deux types de villes : récente et ancienne. Une ville ancienne, avec une longue histoire, comme Barcelone par exemple, devra d’abord se mettre au niveau technique de ses futures ambitions avant de pouvoir suivre son plan pour devenir smart city. C’est ce qu’elle a fait en instaurant le TransMilenio, un système de bus rapide, créé afin de lutter contre le trafic qui paralysait la ville aux heures de pointe. Aujourd’hui, le TransMilenio est le réseau de bus le plus important au monde. Une ville récente, quant à elle, a la capacité de se doter dès sa création d’une vision stratégique ambitieuse, et même audacieuse. C’est le cas de Singapour.

Singapour, ville modèle

On peut qualifier cette cité-État de l’Asie du Sud-Est de « ville récente » car elle n’est indépendante que depuis 1965. Cette indépendance a marqué un tournant dans l’économie de l’île et a complètement bouleversé son organisation. Une politique d’industrialisation accélérée est mise en place. Avec très peu de ressources naturelles et des problèmes socio-économiques importants (émeutes raciales, chômage massif, difficultés de logement et d’accès à l’eau) Singapour devient pourtant rapidement un des pays les plus développés et les plus prospères au monde. Spécialisée dans un premier temps dans les industries de main-d’œuvre, l’activité industrielle a ensuite évolué vers la fabrication de produits d’exportation à forte valeur ajoutée susceptibles d’attirer les capitaux étrangers. Depuis les années 1980, ce sont les technologies avancées et enfin les services de pointe, qui dominent l’économie.

Singapour est la ville connectée par excellence. Pour fluidifier sa mobilité (648 km2 pour 5,3 millions d’habitants ! ) elle met au point en 1975 le premier péage urbain au monde . La version avancée de ce système déployée en 1998, définit de manière électronique différents tarifs selon le type de véhicule, l’heure et la distance parcourue, en temps réel (l’Electronic Road Pricing). Véritable innovation, plusieurs autres grandes villes s’en inspirent, telles que Londres qui l’instaure en 2003. Ne cessant d’innover, elle développe actuellement un système permettant de mesurer le trafic par GPS, afin de maximiser sa fluidité. Autre exemple d’avancée technologique, les supertrees ; Des arbres artificiels de 50mètres de haut implantés dans la ville . Dotés de modérateurs de températures, ces arbres éclairent les habitants, régulent le climat et récoltent la pluie. Ce projet, à l’image de Singapour, est audacieux et futuriste.

Singapour est donc en passe de devenir the smartest City. Ville récente,  elle possède une vision de l’avenir intelligente et semble suivre, depuis son indépendance, une projection futuriste bien définit. Sa réussite  inspire les plus grandes villes du monde. Mais le succès de ses innovations et de sa politique ne se retrouve pas ailleurs. En effet il semble dur d’appliquer ces méthodes au sein d’un pays qui repose depuis longtemps sur une toute autre forme d’organisation. Les villes récente sont-elles les seules à pouvoir devenir des  villes intelligentes « totales » ?

Jules Guyomar

1 juin 2015

L’Internet of Everything, vers un monde hyper-connecté : le futur selon Cisco

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

L’ Internet of Everything est une notion qui tend à désigner l’évolution de l’Internet des objets (IoT). En effet, plus globale et se voulant encore plus connectée, cette notion se base sur l’idée que, dans une futur proche, les connections internet ne se limiteront plus aux ordinateurs ou autres smartphones. L’IoE vise donc à « tout connecter », tout relier à internet, pour faciliter, entre autres, la vie citoyenne et s’inscrire dans un contexte de villes intelligentes. Qu’il s’agisse de personnes, de processus, de données ou encore d’objets supplémentaires. Le réseau y joue un rôle primordial : il doit offrir une infrastructure intelligente, facile à gérer et sécurisée, capable de prendre en charge des milliards de périphériques. Ce réseau intelligent écoute, apprend et répond à l’aide d’interfaces ouvertes pour une sécurité, une simplicité, une innovation et une fiabilité accrues, et avec une ampleur inédite.

À l’heure actuelle, plus de 99 % des objets du monde physique ne sont pas connectés. Quels seraient alors les impacts sur notre monde si cette tendance s’inversait, et que l’ère de l’IoE devenait une réalité ?

Cisco présente l’IoE de la manière suivante : « Dans un monde interconnecté, même les plus petits détails auront un impact importants. »

Prenons l’exemple d’un petit détail tel qu’une averse imprévue : des capteurs environnementaux détectent l’arrivée d’une averse et transmettent cette information au réseau chargé de cette zone. Toutes les personnes concernées durant la période indiquée sont informées de ce changement climatique imprévu, et le planning est modifié automatiquement.

Le monde de l’IoE permettra donc une retransmission directe des informationss nécessaires pour celui qui en a besoin, et par conséquent facilitera et améliorera l’adaptation à chaque situation. Que ce soit pour les entreprises, publiques ou privées, ou encore les particuliers.

Autre exemple de l’IoE en action : Le commerce. Dans un monde interconnecté, l’IoE aidera les commerçants à proposer à leurs clients, au bon moment et au bon endroit, les informations et les offres adéquates. Le shopping sera alors plus rapide, efficace et satisfaisant pour le client comme pour le commerçant. En effet les inventaires de stocks seront optimisés et mis à jour en temps réels, les vêtements, devenus localisables, les acheteurs sauront immédiatement où trouver le modèle et la taille qui leur convient. De plus, les clients, grâce au système de géolocalisation, seront avertis, directement sur leur smartphone et dès leur entrée dans la boutique, des modèles susceptibles de leur plaire, ou encore des offres intéressantes proposées par l’enseigne. Ce serait donc une nouvelle forme de shopping intelligente et optimisée au maximum, qui boosterait les ventes et le bien être des acheteurs.

Par ailleurs, l’IoE permettrait de préserver de précieuses ressources, avec entre autres, la mise en place d’un réseau de distribution d’électricité intelligent. Permettant la collecte et la distribution d’énergie de manière maîtrisée, fiable et sécurisée, garantissant un fonctionnement optimal des éléments du réseau et répondant aux besoins des parties prenantes. Les réseaux électriques intelligents permettent de synchroniser, automatiquement et de manière transparente pour l’utilisateur, des consommations souples avec la production d’énergies renouvelables intermittentes observées. Cela créé un lien dynamique entre le conducteur-consommateur d’électricité et son producteur d’énergie, quelle que soit sa position, afin de lui garantir une énergie d’origine 100% renouvelable et le respect de ses besoins.

Une ville 100 % connectée aurait donc un effet direct et bénéfique sur les entreprises, les interactions sociales et le bien être en général. L’IoE, comme son nom l’indique, agit sur « tout », et permet des améliorations de la vie dans des domaines aussi vastes que variés. Tout cela grâce à une interconnectivitée omniprésente. Le monde du futur et de l’IoE sera, d’après Cisco, « un monde plus puissant, dynamique, intelligent,pertinant et enfin innovant ». Et il s’agit d’un futur proche. En effet la plupart des grandes villes sont déjà connectées, et tendent de plus en plus à se numériser. À Paris par exemple, comme il est dit dans l’article consacré à ce sujet sur le blog, un schéma directeur a été élaboré pour la période 2015-2020, afin de développer des services publics numériques innovants. L’ère de l’IoE semble donc devenir progressivement, une réalité incontournable.

Jules Guyomar

26 mai 2015

Paris, ville ouverte, connectée et ingénieuse !

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

La ville intelligente parisienne se construit en trois étapes, que vient de dévoiler Anne Hidalgo à l’occasion de la présentation de son plan stratégique pour une ville intelligente et durable.

Une fondation démocratique : la « ville ouverte »

Émule locale du gouvernement ouvert, la ville ouverte parisienne traduit les aspirations à la démocratie participative de la ville intelligente. « L’intelligence de Paris provient avant tout de l’intelligence des Parisiens » affirme la maire avant de décliner les initiatives à cet égard. La construction du plan local d’urbanisme, la détermination des lieux à végétaliser, le plan vélo, la modernisation des services publics, la conférence citoyenne portant sur la pollution atmosphérique, l’évolution de la e-pétition afin que chaque demande ayant recueilli plus de 5 000 signatures puisse être présentée au Conseil de Paris participent du principe de concertation systématique et approfondie des Parisiens, tout comme la mise en place du budget participatif et le lancement en 2015 de la plate-forme d’idéation (ou d’innovation ouverte) idee.paris. Les idées pourront être nourries par les données mises à disposition de la ville (budgétaires, sociales…) et par ses partenaires contractuels qui ont désormais l’obligation de publier les données qu’ils collectent dans les marchés publics et délégations de service !

L’ouverture se matérialiserait également par une recherche d’innovation. Innovation interne par la création d’un écosystème autour de trois incubateurs : celui du boulevard MacDonald qui rassemblera au sein d’un même lieu, incubation d’entreprises innovantes, école de développeurs, fablab et hôtel d’entreprise, celui de la Halle Freyssinet, plus grand incubateur au monde, et enfin l’installation du Tremplin, la plate-forme d’innovation dédiée au sport, dans l’enceinte du stade Jean Bouin (voir la carte).

Connecter la ville, encore et toujours

Paris est déjà une ville connectée. L’ambition de la municipalité est de ne pas s’arrêter en si bon chemin.

Un schéma directeur pour la ville numérique pour la période 2015-2020 a été élaboré pour développer des services publics numériques innovants. L’apport de la ville ouverte est évident à cet égard, tant les start-up pourront, en réutilisant les données urbaines en open data, participer à la création de ces services. Nombreux seront alors les services à s’ajouter aux 25 nouveaux services numériques qui ont déjà été déployés depuis 2012 : la plate-forme de cotation des demandes de logements sociaux, le téléservice du stationnement résidentiel, la plate-forme de mise en relation des bénévoles et des associations ou encore le nouveau portail d’accès aux collections des bibliothèques accessible sur smartphone.

Les objets urbains intelligents ont leur place, notamment par le déploiement d’un mobilier urbain d’un nouveau type, comme les capteurs de présence sur les places de livraison, les stations de taxis et les places GIG-GIC dans un secteur du quartier de Bercy qui assurent une réactivité des services de la préfecture de police ou des abribus qui servent d’interface entre les usagers et le service.

Faire de la ville intelligente une ville durable : la ville ingénieuse La ville intelligente inscrite dans le développement durable, tant écologique que sociale est qualifiée de « ville ingénieuse ». Elle est structurée autour de 8 axes. Des réseaux et systèmes intelligents, interopérables, permettront ainsi un pilotage en temps réel des infrastructures urbaines. Le passage d’un véhicule sur une voie déclenche l’éclairage urbain et prévoit le stationnement… tout en permettant une meilleure exploitation des ressources. L’ambition parisienne est d’échapper à des « îlots de ville intelligente » pour, au contraire, construire une ville entièrement en réseau. Cette ambition est partagée, avec la labellisation comme éco-quartiers des têtes de proue Boucicaut, Claude Bernard et Fréquel-Fontarabie (voir sur la carte). Ces quartiers sont des expérimentations qui devraient s’étendre par la suite à l’ensemble du territoire parisien, par la concertation notamment et la constitution d’outils pour les urbanistes et les architectes. Les transports seront plus respecteux de l’environnement, en se fondant sur des systèmes comme Velib’ ou Autolib ainsi qu’une logistique urbaine électrique, fluviale ou sur rail.

L’ensemble de la communication est à retrouver ici.

Pablo Hurlin-Sanchez

22 mai 2015

Smart cities et capteurs intelligents, vers l’essor d’une nouvelle législation ?

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

À la veille du colloque de « La Cité des smart cities » sur les données urbaines et les smart grids se tenant à Bruxelles le 5 juin, la question de la mise en place d’une nouvelle législation venant encadrer le déploiement des objets intelligents au sein de la ville connectée se pose.

Pris dans sa globalité, l’Internet des objets (IoT) soulève de nouvelles problématiques qui sont liées de manière plus générale à l’essor du big data. Collecte massive de données personnelles relatives à la vie privée, géolocalisation, santé mobile et connectée : les smart cities deviennent le support de la mise en place d’une quantité innombrable de capteurs intelligents collectant une somme d’informations nouvelles à destination des collectivités et des citoyens. Ainsi, un compteur électrique intelligent et connecté pourrait avoir la possibilité de recueillir de nombreuses informations sur l’utilisateur : à quelle heure part-il de chez lui ? À quelle heure rentre-t-il ? Dans quelle pièce est-il situé ? À quel moment ? Qu’est-il en train d’y faire ?

Ces nouveaux développements soulèvent des problématiques qui, sans être nouvelles, se trouvent démultipliées par des capacités techniques de collecte et de stockage de données de plus en plus avancées. À terme, l’interconnexion des différents systèmes de captation des données et la centralisation de ces dernières ne feront qu’amplifier les risques de sécurité qui y sont afférents. En effet, comment assurer une protection sans faille des centres de stockage de ces données ?

Il serait tentant, au vu du développement des capteurs intelligents dans la ville, de vouloir adapter la réglementation en vigueur afin d’éviter tout type de risques. Pourtant, il faudrait à tout prix éviter l’écueil de vouloir mettre en œuvre une réglementation trop rigide et inadaptée qui aurait pour effet de figer l’innovation. Le déploiement d’objets intelligents dans la ville est un phénomène relativement nouveau et dont toutes les possibilités n’ont pas encore été exploitées.

Adam Thierer, dans un article publié au Richmond Journal of Law & Technology, évoque deux possibilités. On pourrait opposer le principe de précaution à celui de l’innovation libre. Le principe de précaution aurait pour but de réglementer en amont l’innovation technologique en posant des règles strictes et cherchant à encadrer au maximum le déploiement d’objets connectés, quitte à en restreindre la portée. En revanche, celui de l’innovation libre aurait lui pour but de limiter les effets du droit pour permettre aux innovations de pleinement s’exprimer. Le risque de ne pas pouvoir mener à terme des projets technologiques est en effet à envisager si une législation trop protectrice est mise en place.

Dès lors, il serait utile de favoriser une solution fondée par exemple sur le « privacy by design », permettant l’intégration de paramètres protecteurs de la vie privée directement dans la conception et le fonctionnement des systèmes et réseaux informatiques. La vie privée de l’utilisateur final deviendrait dès lors le préalable à la mise en œuvre de systèmes permettant la collecte de données personnelles.

Cette amorce de solutions pourrait être complétée par une minimisation des données collectées ou une anonymisation de ces mêmes données. Ces procédés ne peuvent garantir une protection totale car il semble en effet possible de pouvoir retracer un utilisateur à partir de données anonymisées, mais ils auraient au moins l’avantage de brouiller les pistes. Enfin, des tests de sécurité plus poussés pourraient être mis à la charge des développeurs. On pourrait ainsi imaginer qu’une obligation de moyens soit mise à leur charge quant à la protection des données qu’elles sont chargées de collecter et de gérer.

Le débat est dans tous les cas ouvert. Si beaucoup seront tentés de vouloir adapter la réglementation, il ne faudra pas perdre de vue qu’un tel procédé est long et fastidieux, surtout en matière de nouvelles technologies (le paquet législatif de l’Union européenne sur la protection des données personnelles est attendu depuis 2011). Plutôt qu’une réglementation figée, il sera sûrement plus avantageux de chercher à mettre en place des solutions ponctuelles et souples, et ce en aval des innovations technologiques qui seront proposées dans le cadre de la mise en place des smart cities.

Maximilien Lanna

22 mai 2015

Les objets connectés, plus proches de la science que de la fiction

Publié par lacitdessmartcities dans Colloques

Les objets connectés ou « internet des objets » sont définis comme « l’extension d’internet à des choses et à des lieux dans le monde réel. […] Il a pour but d’étendre [internet] au monde réel en associant des étiquettes munies de codes, de puces RFID ou d’URLs aux objets ou aux lieux »[1]. Des objets très divers, depuis les compteurs d’électricité jusqu’aux cartes d’accès à un immeuble en passant par des poubelles ou les canalisations, sont insérés dans un réseau en recueillant puis communiquant des données produites par des utilisateurs ou des faits (la pluie, la pollution…). Or, comme le synthétise Jeremy Rifkin, « the IoT is beginning to be used to create smart cities »[2].

Tant pour en illustrer une définition qui peut sembler nébuleuse que pour explorer les perspectives que ces objets ouvrent, le forum Montesquieu de l’université de Bordeaux a organisé un colloque les 12 et 13 février 2015 autour de trois axes : la gestion des ressources, la problématique des données et le quotidien de demain. La trentaine d’intervenants (représentants d’entreprises créant des objets connectés, responsables publics, avocats, universitaires) a montré à la fois la diversité de ce que recouvrent les objets connectés, l’ampleur des interrogations qu’ils suscitent et les évolutions sur tous les plans qu’elles annoncent.

Objets connectés : un terme, une multitude d’illustrations

De la définition donnée par Henri Verdier et Nicolas Colin, il doit être retenu que n’importe quel objet, pour peu qu’il soit doté d’un instrument de recueil et de communication des données fournies par son utilisation est un objet connecté.

Du colloque du 12 et 13 février, il faut se rappeler de la multitude des objets urbains qui sont déjà connectés ou qui le seront dans un avenir proche. Si la science-fiction est souvent convoquée à ce sujet, et elle le fût durant ces deux jours, ces objets, les données qu’ils aident à produire, qu’ils recueillent, qui permettent d’adapter les services aux expériences utilisateurs réelles et de se constituer en réseaux, existent déjà. Ont ainsi été présentés, par le groupe Suez-Lyonnaise des Eaux, son système de régulation de l’assainissement par mesures et supervision des équipements et stations (RAMSES) à Bordeaux qui existe depuis 1992 et a été renouvelé en 2007, par ERDF, les compteurs intelligents Linky qui commencent à être déployés, par Novacom services, la « e-collecte » des déchets, par Orange, des beacons[3], ou encore les véhicules connectés. Soit autant d’exemples de la diversité des objets connectés, mais aussi de leurs points communs.

Le premier point commun de tous ces objets est la collecte des données. RAMSES collecte notamment des données sur la pluviométrie, le débit de la Garonne et de ses affluents, les marées, la consommation d’eau au sein de la métropole bordelaise, de même qu’ERDF collecte les données de la consommation électrique sur l’ensemble du réseau alors que les beacons permettent de connaître le nombre de personnes dans une pièce, ou passant à proximité d’une boutique voire s’arrêtant devant la devanture.

Le second point commun est la mise en relation de ces données par les opérateurs. Les données individuelles ne comptent pas. Seul l’ensemble des données qualifiées, le big data, est digne d’intérêt, car c’est son traitement par des modèles d’analyse qui apporte de la valeur permettant des évaluations, des prévisions, des prescriptions voire du cognitif (le système apprenant lui-même) comme l’a souligné Yann Théau d’IBM.

La collecte de déchets à Perpignan ou à Lyon l’illustre. Par l’usage de poubelles et de camions connectés, les données collectées et traitées (nombre de bacs levés, numéros des bas traités,…) permettent de prévoir les quantités de déchets produits. La tournée est ainsi optimisée, jour par jour, en fonction du modèle prévisionnel de production de déchet, des pics de productions, du type de déchet collecté, des emplois du temps des agents (vacances, absences…) et de la pénibilité du travail, tout en sachant en temps réel où se situe le véhicule (est-il en avance, en retard, en panne ?). En optimisant une collecte, le gain de productivité varie entre 5 et 10 %, permettant d’étendre les services, de mieux connaître les attentes des usagers et de générer des tableaux de bord de suivi du temps de travail.

Point saillant de la définition d’un objet connecté, l’utilisation des données suscite de nombreuses questions.

Autant d’objets que de questions ?

Les objets connectés suscitent des questions d’ordres aussi variés qu’il existe d’objets. Leur originalité couplée à leur évolution rapide interroge sur les plans juridique (droits administratif, du travail, des obligations), financier, sociologique et politique. Les universitaires présents lors du colloque ont interrogé ces nouveautés, sans toujours apporter une réponse.

La première question est celle de l’utilisation des données personnelles et professionnelles. Le respect de la vie privée, telle que protégée par l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, est convoqué mais la jurisprudence n’apporte qu’une réponse incomplète. Comme le relève Cyril Cazcarra, avocat au barreau de Bordeaux, la question des données de connexion comme de géolocalisation, fait l’objet de décisions de justice en matière pénale mais rarement en matière civile. Les données font craindre beaucoup pour la sûreté, peut-être sous l’influence de la science-fiction, alors que le « modèle » Big brother, monstrueux hybride entre le Léviathan hobbesien et les totalitarismes du XXe siècle, est dépassé. Ce que montrent les exemples de ces deux journées d’études, c’est que la collecte centralisée et l’utilisation des données (dont on ne sait parfois si elles sont personnelles ou non) est surtout le fait d’entreprises privées ou de l’employeur (privé ou public). Or les réponses juridiques n’existent pas encore, ou sont incomplètes.

La difficulté de protéger les libertés individuelles témoigne des limites à la construction d’un régime uni des données. Si les objets connectés retrouvent des cadres juridiques connus pour leur statut physique, tel n’est en effet pas le cas pour les données qu’ils recueillent. Ce paradoxe a été souligné par Anne Sophie Denolle à propos des compteurs intelligents : objets connectés inclus dans un réseau qui est en évolution vers plus de décentralisation, la propriété des compteurs intelligents a été revendiquée par les communes puisqu’elles sont propriétaires des réseaux. En revanche, la propriété des systèmes d’information et des données exploitées continue à être incertaine.

De l’incertitude du régime des données des objets connectés peut aussi découler une incertitude quant à certains aspects du régime de responsabilité à appliquer. Les futurs véhicules autonomes, qui sont l’ultime phase d’évolution des véhicules connectés existants (GPS, assistance au freinage ou aux manœuvres de stationnement), posent ce problème. Le véhicule n’est plus conduit par l’utilisateur mais dirigé grâce aux données centralisées ailleurs : état du trafic, tracé de la voirie, comportement des véhicules environnants. Il s’agit d’un véhicule qui n’a ni conducteur ni gardien, ce qui le fait hypothétiquement échapper aux règles de la loi Badinter de 1985[4] comme à celles de la responsabilité du fait des choses[5].

La souplesse actuelle des cadres à l’épreuve des objets connectés

L’exemple du véhicule autonome, malgré toutes les interrogations qu’il pose, permet aussi de voir les objets connectés comme les preuves de la souplesse de notre modèle juridique. En effet, comme le souligne Laurent Bloch, le fait que le régime de responsabilité du véhicule autonome soit difficile à évaluer importe peu puisque le régime d’assurance du véhicule permet de le contrecarrer[6]. Se pose seulement la question du souscripteur de l’assurance. De plus, l’assistance à la conduite connaît déjà un régime juridique : les moniteurs d’auto-école sont considérés comme des conducteurs. Rien n’empêche que dans le futur, le producteur du système de conduite soit considéré lui-aussi comme un conducteur.

Cette adaptabilité n’est pas que juridique : sur le plan financier et fiscal, le financement des services urbains connectés entre dans le cadre actuel. Le système de redevance sur les ordures ménagères, qui est parfois devenu une redevance incitative, peut permettre un paiement à la consommation fondé sur les données. La redevance est décomposée en une part forfaitaire et une part proportionnelle. C’est cette part proportionnelle qui est incitative, en cela que les ordures ménagères résiduelles (non triées), et dont le poids est enregistré par le système, sont les seules à être payées.

Empiriquement, le développement rapide des offres d’objets connectés témoigne aussi de la souplesse des cadres juridiques et financiers. La seule question sans réponse porte sur le cadre politique à adapter : la remontée d’information par l’usage que permettent les objets intelligents font évoluer les attentes des citoyens et des usagers. Pour compléter Isaac Asimov qui définit « la science-fiction comme la branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science et de la technologie »[7], cette réponse fait évoluer l’intérêt général et appelle une réaction du politique (local ou national) pour y adapter le service public.

Pablo Hurlin-Sanchez

Cet article sera également publié dans le dossier « Smart city et administrations intelligentes » des Cahiers de la fonction publique n° 354 (Berger-Levrault).


[1] Nicolas Colin, Henri Verdier, L’âge de la multitude – Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, Armand Colin, 2012.

[2] Ce que nous traduisons par « L’internet des objets commence à être utilisé pour créer des smart cities ». Jeremy Rifkin, The zero marginal cost society – the internet of things, the collaborative commons and the eclipse of capitalism, Palgrave Macmillan, 2014.

[3] Un beacon est un capteur-émetteur de petite taille qui collecte ou communique des informations provenant des téléphones mobiles ou de tablettes.

[4] L. no 85-677 du 5 juillet 1985 tendant à l’amélioration de la situation des victimes d’accidents de la circulation et à l’accélération des procédures d’indemnisation.

[5] C. civ., art. 1384.

[6] C. ass., L. 211-1.

[7] Isaac Asimov, « Préface », David Starr, justicier de l’espace, Éditions Lefrancq, 1978,  p. 3.

22 mai 2015

Songdo, Londres ou Lille : toutes villes intelligentes !

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

Au nombre de 3,6 milliards, les citadins représentent désormais plus de 50% de la population mondiale. Selon les projections actuelles (chaque semaine, 1 million de personnes viennent s’installer en ville), cette proportion sera de 70% en 2050 pour une population urbaine estimée à 6,3 milliards. En Chine et en Inde, ce sont 800 millions de personnes qui vont migrer en ville dans les 20 prochaines années.

Le premier problème à résoudre est celui de la fourniture d’énergie : les villes représentent 75% de la consommation énergétique et 80% de l’émission de gaz carbonique. Les préoccupations écologiques sont donc au premier rang : auteur de La troisième révolution industrielle, comment le pouvoir latéral va transformer l’énergie, l’économie et le monde, Jeremy Rifkin se fait l’apôtre de  l’Internet de l’énergie, un réseau de mini centrales alimentées par le vent et le soleil. Conseil de la Région Nord-Pas-de-Calais, Jeremy Rifkin fixe le coût de la transition énergétique pour cette région à 150 milliards d’euros sur une trentaine d’années. Cité pilote destinée à accueillir 350 000 habitants en 2020, la ville de Tianjin, à 150 km au sud de Pékin, a retenu de son côté un objectif de 12 m² d’espace vert par habitant.

Projets mondiaux et réalisations locales sont tour à tour convoqués. Côté projet mondial, la ville intelligente de Songdo en Corée du Sud, qui tend à devenir une référence obligatoire, a les honneurs de la chaîne. Ville d’affaires avant tout, Songdo a pour foyer un aéroport international desservant 30 % de la population mondiale en moins de 3 heures (l’aéroport d’Incheon), c’est aussi une ville qualifiée d’ubiquitaire qui produit, connecte, analyse et redistribue des jeux de données à l’infini, c’est une ville enfin qui a puisé son inspiration architecturale de droite et de gauche, prenant tout à tour comme modèles l’Opéra de Sydney, Central Park à New-York ou les canaux d’Amsterdam. Quand baroque et intelligence font la danse ! Côté réalisation locale, c’est le carrefour d’Oxford Circus à Londres et sa traversée par les piétons (30 à 40 000 par heure auxquels s’ajoutent 19 000 personnes qui sortent de la bouche de métro) qui brille de tous ses feux. La modélisation de cette dernière a permis d’en réduire le temps moyen de 50 secondes (modification des bordures de trottoir repositionnement des passages cloutés et, last but not least, arrêt programmé et régulier du trafic automobile : les piétons disposent alors de 30 secondes pour vérifier que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre). L’intelligence se loge dans les détails…

Christophe Pouthier

22 mai 2015

Smart cities : une intelligence collective, une politique publique en devenir

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

Le 8 juin 1887, un jeune américain de 27 ans, Hermann Hollerith, dépose le brevet d’une machine appelée « machine à cartes perforées ». En 1890, cette machine est adoptée par le gouvernement des États-Unis pour traiter les données du onzième recensement américain, un traitement qui sera effectué en trois années contre sept précédemment. En 1896, Hermann Hollerith crée la Tabulating Machine Co., qui prendra le nom d’IBM (International Business Machine Corporation) en 1917.
Un siècle plus tard, le 11 décembre 2014, le magazine américain Digital Communities publie le classement international des prestataires de services aux villes intelligentes (classement établi par le cabinet d’études Navigant Reasearch). En tête ? IBM, suivie de Cisco, Schneider Electric, Siemens, Microsoft, Hitachi, Huawei, Ericsson, Toshiba et Oracle. La liste est éloquente : ce sont les leaders mondiaux de la fourniture de services et d’équipements informatiques qui sont aux commandes. La valeur du marché n’est pas en reste : 8,8 milliards de dollars pour l’exercice 2014 avec une projection de 27 milliards pour 2023.

La ville intelligente : décloisonnement et interconnexion

La parenté entre le recensement américain de 1890 et le marché de la ville intelligente ? Une approche globale, « systémique », conjuguée à un savoir-faire de traitement quantitatif de données (le Big Data).
Côté approche globale, la ville intelligente requiert un décloisonnement des infrastructures, des services qui les gèrent comme des informations qui en sont issues. Tous les domaines sont convoqués : transport, énergie, gestion de l’eau, des déchets, des espaces verts, domaines du logement, de la santé, de l’action sociale… L’interconnexion des infrastructures, services et données est seule à même de produire une cohérence et une « conscience » d’ensemble : une ville intelligente, en quelque sorte. Sous cet angle, on peut imaginer que la ville intelligente soit non seulement à l’origine d’un nouvel urbanisme, mais également, et pourquoi pas, d’une nouvelle urbanité.
Coté données, les capacités de production, de circulation et de traitement de données aujourd’hui disponibles auraient certainement laissé rêveur Hermann Hollerith. Ce sont ces capacités qui sont et seront exploitées pour doter notre vie collective comme notre vie personnelle d’une nouvelle forme d’intelligence : les bases de données prolifèrent, les capteurs surgissent à tous les coins de rue  (le nombre d’objets connectés à Internet, 15 milliards selon Le journal du net qui rapporte les chiffres du cabinet Idate, est aujourd’hui très nettement supérieur au nombre de personnes connectées), les citadins génèrent eux-mêmes de l’information via leurs téléphones portables (selon l’Arcep, Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, le parc de lignes mobiles a dépassé en France le parc de lignes fixes dès 2001)…

La ville intelligente : marché économique ou politique publique ?

Se pose alors le problème du « qui fait quoi ». Qu’un tel marché aiguise l’intérêt des leaders mondiaux des services informatiques ne surprend pas, que la compagnie à même de prendre en charge le recensement de la totalité de la population américaine à la fin du XIXe siècle se trouve en haut de l’affiche « Ville intelligente » en 2015 ne surprend pas davantage (l’histoire a ses constantes). Faut-il pour autant qu’ils soient les seuls, à titre d’opérateurs comme de concepteurs. Quelle place occupent, et doivent occuper, les opérateurs nationaux et locaux ? Quelle place occupent, et doivent occuper les autorités publiques pour la conception des villes intelligentes ?
Côté opérations, la politique d’open data des pouvoirs publics français (politique qui accompagne à sa façon le développement des villes intelligentes) est présentée comme devant favoriser la création de jeunes pousses, de start-up nationales. L’entreprise américaine Cisco, positionnée juste derrière IBM dans le classement de Navigant Reasearch, ne s’y est pas trompée : le 16 février 2015, elle a signé un accord de partenariat avec le Gouvernement français par lequel elle s’engage, d’une part à investir à hauteur de 100 millions de dollars dans des jeunes pousses françaises, d’autre part à mettre en œuvre un projet pilote de ville intelligente sur le territoire français. La place pour les opérateurs locaux et nationaux semble donc bel et bien exister puisqu’elle attire d’ores et déjà le regard des leaders internationaux.
Côté conception, si la plupart des métropoles françaises jouent les pionniers et s’investissent dans la ville intelligente, l’interrogation porte sur le contenu et la maîtrise des politiques publiques Ville intelligente. Les prestataires agissent-ils comme des intervenants qui répondent à un cahier des charges dûment fixé par les autorités publiques ? Ou bien se présentent-ils comme des prestataires qui imposent leur approche systémique en tant que norme indiscutable ? La conception s’accompagne ainsi d’un problème de maîtrise : maîtrise quant aux techniques et savoir-faire qui sous-tendent les services produits ; maîtrise quant aux données utilisées, leurs modalités de traitement, leur disponibilité et leur propriété ; maîtrise quant aux attentes des citoyens et, plus généralement, maîtrise quant à la réflexion. Ce dernier aspect renvoie sur les modalités d’élaboration de la politique publique Ville intelligente. Sous quelle forme les citoyens y sont-ils associés ? De quel pouvoir de décision disposent-ils ?

Christophe Pouthier

5 mai 2015

Chief Data Officers

Publié par lacitdessmartcities dans Brèves

À l’heure où nous lançons notre programme « La Cité des smart cities », on ne pouvait imaginer meilleur stimulant pour notre réflexion et notre action que le débat organisé par le think tank « La Fabrique de la Cité » le 23 mars 2015 sur le thème « Comment optimiser les villes avec les data » ?

L’occasion y fut donnée d’entendre les Chief Data Officers de plusieurs grandes villes américains (Chicago, New York, Los Angeles…) expliquer comment ils se sont organisés pour gérer les stocks de données engrangées par leurs villes, et quels services peuvent être développés sur leur base.

L’impression dominante recueillie concerne l’importance attachée aux données dans la gestion municipale. Auprès du Maire de New York, un Mayor’s Office of Data Analysis (MODA) agrège et analyse les données provenant de tous les services de la Ville. Il développe sur leur base des services nouveaux (par exemple, la fourniture aux véhicules de lutte contre l’incendie qui se dirigent vers un feu de toutes les informations détenues par tous les fichiers de la Ville sur l’environnement de l’immeuble concerné). Il pilote le système global de données de la Ville.

Ici et là, on glane une information inattendue. Le système de données que met en place la Ville de Pittsburgh s’appuie sur un partenariat multiple, dont le pivot est la Pittsburgh University.

Insistance, en tous les cas, de tous les intervenants sur les services nouveaux que les systèmes municipaux organisés de données peuvent permettre de créer. Non seulement dans les domaines, déjà avérés, de l’énergie et de la mobilité, mais aussi par exemple dans celui de la lutte contre la délinquance : le Big Data de la Ville de Chicago lui permet de développer des analyses prédictives susceptibles d’aider à prévenir les infractions.

Si nous nous intéressons tant aux open data et plus largement aux smart cities, c’est à la fois à cause des bouleversements que le mouvement correspondant est de nature à causer dans le fonctionnement, social, économique, politique, juridique, des villes, et en raison des potentialités impressionnantes qu’il recèle en termes de développement de services urbains.

Jean-Bernard Auby

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